Les Fleurs d’Ida
Ida aime ses fleurs. Ce matin, elles penchent leurs petites têtes. Elles ont l’air fatigué. Ida est triste.
Un étudiant, ami de la famille, vient prendre le thé. Ida lui montre son bouquet. « Pourquoi mes fleurs sont-elles si tristes ? » demande-t-elle.
L’étudiant sourit. « Elles ont dansé toute la nuit, » dit-il. « Elles étaient au bal du château. Quand tout le monde dort, les fleurs mettent de belles robes. Elles tourbillonnent, elles sautillent, et la lune les regarde. »
Les yeux d’Ida brillent. « Danseront-elles ici, ce soir ? »
« Peut-être, » dit l’étudiant. « Mets-les au lit. Dans le lit de ta poupée. Elles doivent se reposer. Et regarde, j’ai découpé un bonhomme en papier. Il sait jouer de la musique. Il pourra diriger le bal. »
Ida installe ses fleurs bien serrées dans le petit lit. Elle couvre les tiges avec une serviette douce. « Dormez bien, mes jolies, » chuchote-t-elle.
La nuit arrive. La chambre est calme. La lune entre par la fenêtre. Ida ouvre un œil. Elle entend un petit froissement. Chut… Les fleurs se réveillent !
La tulipe saute du lit. Elle fait une révérence. La rose tourne et tourne, comme une princesse. Les pâquerettes tapent dans leurs mains blanches. La jacinthe sent bon, comme un monsieur très chic. Le bonhomme en papier grimpe sur une boîte. Il tape doucement sur un dé à coudre. Tac-tac-tac ! La musique commence.
Les fleurs dansent en rond. Elles rient sans bruit. Une petite clochette bleue arrive, toute pâle. « Je suis fatiguée, » dit-elle. Les autres fleurs lui font une couronne de pollen doré. « Tu es notre reine ce soir, » murmurent-elles.
Elles dansent encore, tout doucement, autour de la petite reine. Puis elles deviennent sérieuses. La clochette bleue ferme ses pétales. Les fleurs la portent avec soin jusqu’au pot du géranium. Elles creusent une minuscule place. Elles posent la petite fleur. Elles mettent un ruban en croix. Le bonhomme en papier incline la tête. « Dors. Au printemps, tu reviendras, » souffle la rose.
Ida regarde, immobile. Son cœur est tout chaud. Elle n’ose pas bouger. La lune sourit. Bientôt, les fleurs retournent dans le lit. Tout redevient tranquille.
Le matin, Ida court vers l’étudiant. « Elles ont dansé chez moi ! » dit-elle. Elle raconte tout. Il lui fait un clin d’œil. « Alors aide-les encore, petite Ida. Fais-leur un joli endroit. »
Ida prend une petite boîte. Elle la tapisse d’une feuille verte. Elle dépose la clochette bleue avec douceur. Elle va au jardin. Elle creuse une toute petite maison de terre. Elle plante la tige. Elle pose un bâton comme une porte. « Reviens au printemps, » chuchote-t-elle.
Le vent passe. Les fleurs dans le vase tiennent la tête bien haute. Ida sourit. Elle sait un secret. La nuit, les fleurs dansent. Et la lune n’en dit rien.


























