L’élan galopant
Dans une grande forêt du Nord vivait un jeune élan nommé Alrik. Il avait des pattes comme des ressorts et un cœur très curieux. Il aimait bondir, bondir encore, avec de grandes enjambées. On l’appelait l’élan galopant.
Il galopait le matin. Il galopait à midi. Il galopait le soir. Quand Alrik galopait, les feuilles s’envolaient, les champignons tressaillaient et les oiseaux étiraient le cou. Les castors lâchaient leur branche. Les écureuils oubliaient leur noisette. « Doucement, Alrik, » chuchotait la chouette. « La forêt a un cœur qui bat lentement. »
« J’essaie, » promettait Alrik. « Mais mes pattes me chatouillent ! » Et il repartait: patapoum, patapoum, patapoum ! Il aimait sentir le vent sur ses bois et le parfum des pins qui dansait autour de lui.
Un matin, un brouillard épais posa un grand drap blanc sur la forêt. On ne voyait plus le sentier, ni la rivière qui murmurait. Tout semblait loin, tout semblait flou. Au loin, un petit cri trembla : « Maman ? » C’était un levraut perdu. Le vent cacha sa voix, et la peur fit trembler les feuilles.
Alrik sentit son cœur battre vite. Il voulut bondir à toute vitesse. Puis il se souvint : « Lent pour écouter. » Il posa ses sabots tout doux, comme des plumes. Il ferma les yeux. Il écouta. Un souffle. Un sanglot. Le cri venait de la clairière aux myrtilles.
« Vite pour aider ! » pensa Alrik. Alors il déploya ses longues pattes. Il galopa sans casser les fougères, léger comme la pluie. Patapoum devint patapatin. Il slaloma entre les bouleaux, évita les nids, respecta les mousses. Il trouva le petit lièvre, tremblant sous une branche. « Monte sur mon dos, » dit-il doucement. Le levraut s’agrippa à sa crinière douce. Ils rentrèrent en suivant l’odeur du pin, le murmure de l’eau et les cailloux qui cliquetaient. À l’orée, la maman lièvre les attendait, les moustaches en cœur. « Merci, l’élan galopant, » souffla-t-elle.
Depuis ce jour, Alrik connut son rythme. Vite pour aider. Lent pour écouter. Il marcha sans faire fuir les oiseaux. Il courut sans effrayer les fleurs. Il apprit que ses pattes peuvent danser doucement, autant qu’elles peuvent voler très vite.
La nuit, sous les aurores boréales, la forêt battait des feuilles comme des mains qui applaudissent. Parfois, quand le vent l’appelait, Alrik galopait sur la grande plage de mousse, là où la terre riait avec lui. On l’appelait toujours l’élan galopant, mais maintenant c’était un nom de douceur et de force. Car dans la grande forêt du Nord, la vraie vitesse est celle du cœur qui sait quand aller vite… et quand aller tout doucement.

















