Le voyage de Petit-Frère
Elsa Beskow

Le voyage de Petit-Frère

Petit-Frère a un petit bateau. C’est un vrai voilier, avec une voile blanche comme un mouchoir. Le vent chuchote dans les arbres.

Aujourd’hui, il décide de partir. Il pose doucement son bateau sur l’étang du jardin. Il monte à bord, le cœur qui bat. Le vent gonfle la voile. Le petit voilier glisse, glisse… et tout devient très grand autour de lui. Les roseaux sont des géants verts. Les nénuphars sont des îles rondes.

— Bonjour, petit marin, murmure le vent. Tiens bien la corde!

Petit-Frère tient la corde. Il regarde l’eau briller. Deux libellules bleues passent en sifflant. Elles font des boucles au-dessus du mât.

— Suis le chenal des roseaux! chantent-elles. Là-bas, l’eau est douce.

Le bateau file entre les tiges. Une grenouille lève la tête.

— Croa! Repose-toi ici, propose-t-elle.

Petit-Frère se glisse près d’un nénuphar. Une grande fleur blanche s’ouvre comme un parasol. Il grignote un morceau de pain. Il écoute le clapotis. Tout sent l’été et la menthe.

Soudain, l’eau devient sombre. Un brochet passe, long et rapide. Sa bouche s’ouvre, grande, très grande. Petit-Frère a peur. Il serre la corde.

— Cache-toi! crient les libellules.

Le petit voilier se glisse sous une large feuille de nénuphar. Les roseaux se penchent, comme une barrière. Le brochet tourne, tourne… puis s’en va. Le vent rit tout bas.

— Bien joué, petit marin. Le voyage continue.

Le ciel se froisse. Des nuages gris arrivent. Ploc, ploc, ploc… La pluie tombe. De petites vagues se lèvent. Le mât craque un peu. Petit-Frère est très courageux. Il attache son bateau à un roseau solide.

— Attends, dit le vent. La bourrasque va passer.

La pluie danse, puis s’enfuit. Le soleil revient, chaud et doré. Des perles d’eau brillent sur la voile. Une famille de canards arrive en file indienne.

— Coin coin! Vers la rive, petit! disent-ils.

Les canards ouvrent le chemin. Le vent souffle juste comme il faut. Le voilier glisse, glisse… Le jardin de Petit-Frère apparaît. Les marguerites lui font signe. Le vieux saule sourit dans l’ombre.

Le bateau touche la berge. Petit-Frère saute sur l’herbe. Son voilier redevient tout petit, juste à sa taille. Il remercie le vent, les roseaux, les libellules, et les canards.

— À bientôt, murmure le vent.

— À bientôt, répond Petit-Frère.

Au loin, maman appelle pour le goûter. Petit-Frère tient son voilier contre son cœur. Il sait que l’étang n’est pas grand. Mais avec une voile, un souffle de vent et des amis, le monde devient immense.

Ce soir-là, quand les étoiles s’allument, il ferme les yeux. Il entend encore le clapotis. Et il sourit: demain, peut-être, le vent chuchotera encore: En avant, petit marin!

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