Le Merveilleux Voyage de Nils
Selma Lagerlöf

Le Merveilleux Voyage de Nils

Nils Holgersson était un garçon de ferme qui préférait s’amuser plutôt que d’aider. Il taquinait les poules, tirait la queue du chat et riait quand l’oie domestique Martin marchait en canard. Un dimanche, alors que ses parents étaient à l’église, Nils attrapa un petit lutin avec son bonnet rouge. « Lâche-moi, et sois bon avec les animaux », dit le lutin. Nils se moqua. Alors, d’un clin d’œil, le lutin le fit devenir minuscule, pas plus grand qu’un pouce. Tout à coup, Nils entendit les animaux parler… et se souvenait de toutes ses méchancetés.

Au même moment, un grand vacarme éclata dans le ciel. Un vol d’oies sauvages passait, emmené par Akka de Kebnekaise, la chef sage et forte. Martin, l’oie domestique, voulait les suivre. « Reviens ! » cria Nils. Trop tard. Martin s’élança. Pour ne pas tomber, Nils sauta sur son dos et s’agrippa à ses plumes. Ensemble, ils s’envolèrent au-dessus des champs jaunes de Scanie, des rivières scintillantes et des toits rouges des fermes.

La nuit, les oies se posèrent sur une île. À pas feutrés, Smirre le renard s’approcha. Nils vit ses yeux comme deux braises. Il grimpa sur un rocher, agita sa casquette minuscule et fit tinter une clochette qu’il avait trouvée. « Réveillez-vous ! » Les oies sauvages s’éparpillèrent dans un souffle d’ailes. Smirre bondit, manqua sa prise et tomba dans l’eau froide. Akka regarda Nils. « Tu n’es peut-être qu’un petit humain, dit-elle, mais tu as un grand courage. » Dès ce soir-là, Nils, Martin et les oies voyagèrent ensemble.

Leur route les mena au-dessus des forêts profondes, où les pins chuchotaient des histoires, puis le long des falaises blanches bordant la mer. Nils aida un écureuil pris dans un collet, consola un jeune héron qui avait peur du vent, et arrêta un pêcheur en lui rendant une clé tombée du quai. Partout, il apprenait: comment lire la météo dans le dos d’un nuage, comment se poser sans froisser une aile, comment partager la nourriture quand l’hiver grignote le monde.

Parfois, Smirre revenait, rusé et rapide. Mais Nils inventait des ruses. Il traçait dans le sable une fausse piste, faisait rouler des cailloux pour imiter une tempête, ou se dressait devant le renard avec un bâton plus long que lui. Chaque fois, les oies s’élevaient dans le ciel, libres.

Ils traversèrent des villes et des villages. À Stockholm, les clochers semblaient des flèches qui pointaient le ciel. Plus au nord, les lacs miroirs reflétaient la lumière rose des soirs d’été. Enfin, ils atteignirent la Laponie. Les montagnes bleues, le silence des plateaux, les rennes qui passaient comme des ombres… Nils se sentit petit, mais pas impuissant. Ses oreilles entendaient la musique du monde, et son cœur devenait plus doux.

Un jour, Akka dit: « L’automne revient. Il est temps de rentrer. » Nils pensa à ses parents, à la ferme, à sa chambre. Il ne savait pas si le sortilège se briserait un jour. Pourtant, il remercia Akka, serrant ses plumes. « Tu m’as appris à voir la terre d’en haut et les cœurs d’en bas. »

Quand ils survolèrent la ferme, Nils vit sa mère qui mettait la table et son père qui posait une hache. Martin se posa dans la cour. Nils descendit. Ses parents ne voyaient qu’un petit être minuscule qui courait vers eux. Soudain, il comprit: on voulait garder Martin pour le repas de fête. Nils se posta devant son ami. « Non ! » cria-t-il de sa voix fine. Il savait qu’il risquait de rester petit pour toujours, mais il choisit quand même de protéger son compagnon.

Le vent se leva. On aurait dit que le monde retenait son souffle. Alors, une chaleur douce enveloppa Nils. Il sentit ses mains grandir, ses jambes s’allonger, sa voix devenir claire. Le sortilège était levé. Ses parents, ébahis, reconnurent leur fils. Nils, les larmes aux yeux, caressa Martin. « Tu restes avec nous, en ami, pas pour la marmite. »

Depuis ce jour, Nils ne tira plus jamais la queue d’un chat ni ne se moqua d’une poule. Il parlait aux animaux avec respect, écoutait le vent, et, certains soirs, quand un vol d’oies sauvages passait au-dessus de la ferme, il levait la main et saluait Akka, là-haut, comme on salue une vieille amie et un pays tout entier.

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