La petite fille aux allumettes
H.C. Andersen

La petite fille aux allumettes

C’était la veille du Nouvel An. La neige tombait en flocons légers, et la ville brillait de fenêtres dorées et de rires lointains. Dans une rue balayée par le vent, une petite fille avançait lentement. Son manteau était trop mince, ses pieds nus rougissaient sur la glace. Entre ses mains, elle tenait un paquet d’allumettes.

« Allumettes ! Qui veut des allumettes ? » murmurait-elle d’une voix enrouée. Les passants pressés relevaient leur col, sans la voir vraiment. Les cloches sonnaient, des lumières scintillaient aux étages. Personne ne s’arrêtait.

La petite n’osait pas rentrer chez elle les mains vides. Elle trouva un coin, entre deux maisons, à l’abri de la bise. Le mur était froid contre son dos. Elle regarda ses doigts engourdis. « Juste une, pour me réchauffer un peu », pensa-t-elle.

Elle frotta une première allumette. Fffff… Une flamme claire s’éleva, petite comme un soleil. Dans sa lueur, la fillette crut voir un poêle en fonte, rougeoyant de chaleur. Elle tendit les mains. Le feu craquait gentiment, et sa peau se souvenait de la douceur. Mais pfuit… la flamme s’éteignit, et le poêle s’effaça comme un rêve.

Elle frotta une deuxième allumette. Fffff… La flamme dessina un festin. Sur une table blanche, une oie rôtie dorait, si juteuse qu’elle semblait glisser vers elle sur un plat argenté. La fillette sourit, son ventre oublia un instant le vide. Pfuit… plus rien que le mur froid et la nuit.

Une troisième allumette. Fffff… Cette fois apparut un sapin plus grand que tous ceux vus derrière les vitrines. Ses bougies clignotaient comme des étoiles, et des guirlandes chantaient presque. La fillette leva la tête, émerveillée. Une étoile filante raya le ciel, légère et rapide. « Grand-mère disait: quand une étoile file, une âme s’envole vers la lumière… » Elle serra les lèvres, se rappelant la voix douce qui lui racontait des histoires.

Elle frotta une quatrième allumette. Et là, dans la clarté chaude, sa grand-mère était debout, telle qu’elle s’en souvenait: ses yeux riaient, ses mains étaient chaudes. « Grand-mère ! » s’écria la petite. « Emmène-moi avec toi… ne me laisse pas ici. » La flamme tremblait, prête à mourir, et la fillette eut peur que l’image s’éteigne. Vite, vite, elle frotta une allumette, puis une autre, puis encore. Les flammes dansèrent ensemble, lumineuses comme un matin d’été.

Alors la grand-mère tendit les bras. La petite s’y blottit. Autour d’elles, la lumière devint claire comme un ciel sans nuages. Il n’y avait plus de froid, plus de faim, plus de rues sombres. Il n’y avait que la douceur des histoires chuchotées et le parfum d’un pain tout juste sorti du four. Main dans la main, elles s’élevèrent, légères, vers un endroit où l’on ne tremble jamais.

Le lendemain, quand le soleil rose du premier jour de l’an se leva, les passants découvrirent la petite, assise contre le mur. Autour d’elle, un bouquet d’allumettes brûlées. Son visage était calme, presque souriant. « Pauvre enfant, elle a voulu se réchauffer », disaient-ils doucement en passant.

Personne ne savait quelles merveilles ses yeux avaient vues, ni la chaleur immense qui avait enveloppé son cœur. Et peut-être, ce soir, si une étoile file, quelqu’un se souviendra de regarder autour de soi, d’ouvrir sa porte, et de faire qu’aucun enfant n’ait à affronter seul l’hiver.

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