La malle volante
Il était une fois un garçon plein d’esprit, mais pas très prudent. Il avait reçu un grand héritage et le dépensa en friandises raffinées, en habits brillants, en fêtes si longues que les étoiles bâillaient. Bientôt, il ne lui resta qu’une vieille robe de chambre, des pantoufles fatiguées… et un ami qui soupira: «Au moins, range tes souvenirs.» Cet ami lui offrit une malle.
Le garçon souleva le couvercle, glissa dedans pour vérifier la place, et clac! Le couvercle se referma. La malle tressaillit, chuchota comme le vent entre les feuilles… puis s’éleva. «Je vole!» s’écria le garçon. Au-dessus des toits, des clochers, des champs, il filait, léger comme un cerf-volant. Les nuages ressemblaient à des moutons qui paissaient du soleil. Les oiseaux le saluaient avec surprise.
La malle se posa enfin près d’un palais tout blanc et doré, dans un pays lointain. Là, une princesse vivait en haut d’une tour, très protégée par le roi et la reine: on avait prédit qu’un jour, l’amour lui apporterait autant d’ennuis que de bonheur. Alors, on surveillait tout, même les soupirs.
Le garçon grimpa jusqu’à une fenêtre. Toc-toc. Une voix douce répondit. Il se présenta: «Je suis l’ambassadeur des Histoires. J’apporte des récits qui savent tenir la main aux cœurs inquiets.» La princesse sourit et l’invita à entrer. Elle n’avait pas souvent de visites; ses journées étaient longues comme des rubans.
Pour la faire rire, il raconta aussitôt une histoire: «Un soir, dans un tiroir, trois allumettes se mirent à bavarder. “Je veux allumer une étoile filante!” dit la première. “Moi, un gâteau d’anniversaire avec cent bougies!” dit la deuxième. La troisième chuchota: “Je préfère briller près d’un livre, pour tenir compagnie aux mots.” Et pchit, pchit, pchit! Elles brûlèrent l’une après l’autre, laissant une petite chaleur dans la nuit, comme un secret partagé.» La princesse rit, puis soupira de bonheur. Le garçon raconta encore, et encore; ses histoires étaient des ponts au-dessus des peurs.
Le roi et la reine l’entendirent rire et montèrent. Ils écoutèrent aussi, les bras croisés qui peu à peu se décrispèrent. «Tes histoires sont des lanternes, dit la reine. Si tu promets d’illuminer tout le royaume le soir de vos fiançailles, nous accepterons votre amour.» Le garçon promit, les yeux brillants. Il descendit, sauta dans la malle volante et partit chercher des feux d’artifice: roues d’étoiles, fontaines d’étincelles, dragons lumineux au souffle doré.
Le grand soir arriva. La ville attendait, têtes levées, cœurs prêts à s’émerveiller. Le garçon aligna les fusées, caressa la malle comme on remercie un ami, puis alluma la première mèche. Le ciel s’ouvrit en fleurs de lumière. Bleu profond, rouge cerise, pluie d’or: les enfants criaient de joie, les grands redevenaient enfants. La princesse, à sa fenêtre, avait les yeux pleins d’aube.
Mais une étincelle, capricieuse comme une sauterelle, bondit hors d’une roue enflammée et atterrit sur la malle. Le garçon voulut l’écraser, trop tard. La flamme grignota le cuir, mordit le bois, s’éleva en un souffle triste. En quelques instants, la malle magique n’était plus qu’une poignée de cendres chaudes. Et sans elle, comment monter jusqu’à la tour? Comment atteindre la princesse?
Il chercha une autre magie: tapis volants, échelles de cordes, oiseaux prêts à porter des messages. Rien ne pouvait remplacer la malle. Le roi, effrayé par ce malheur, referma les portes. La princesse attendit, longtemps, puis on lui dit que l’amour devait rester un souvenir bien rangé. Elle posa la main sur le rebord de sa fenêtre, là où le garçon s’était tenu, et murmura son prénom au vent.
Quant au garçon, il eut le cœur serré comme une valise. Mais il avait encore ses mots. Alors il marcha de ville en ville, et partout il raconta des histoires: des allumettes qui rient, des étoiles qui apprennent à tomber doucement, et une malle qui savait écouter le ciel. Les soirs où tout le monde se taisait pour l’entendre, on sentait parfois, très légèrement, un courant d’air passer au-dessus des têtes, comme le battement d’ailes d’un vieux coffre redevenu nuage.
On dit que ses histoires éclairaient les routes mieux que mille lanternes, et que, là-haut, une princesse les écoutait aussi, la joue contre la fenêtre, le cœur allégé par la lumière des mots.


























