La Belle et la Bête
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

La Belle et la Bête

Il était une fois un marchand qui avait trois filles. La plus jeune s’appelait Belle. Elle aimait lire, soigner les plantes et écouter les histoires du soir. Quand la famille perdit sa fortune, ils quittèrent la ville pour une petite maison à la campagne. Personne ne se plaignit, surtout pas Belle, qui disait toujours avec un sourire: « Tant que nous sommes ensemble, tout ira bien. »

Un jour, le marchand dut retourner en ville pour tenter de sauver ses affaires. Il demanda à ses filles: « Que voulez-vous que je vous rapporte ? » Les deux aînées réclamèrent bijoux et rubans. Belle répondit simplement: « Une rose, s’il te plaît. »

Sur le chemin du retour, une tempête éclata. Le marchand se réfugia dans un mystérieux château. Une table était dressée, un feu crépitait, et un lit chaud l’attendait, comme si des mains invisibles prenaient soin de lui. Au matin, en traversant le jardin, il vit un rosier couvert de fleurs parfaites. Pensant à Belle, il cueillit une rose.

Aussitôt, une silhouette immense apparut. C’était la Bête, grande comme un ours, avec des yeux tristes et une voix profonde. « Cette rose m’était chère, dit-elle calmement. Tu peux repartir, mais pour réparer ton erreur, que vienne au château la personne qui l’a demandée. Elle sera mon invitée et traitée avec honneur. » La Bête lui offrit un cheval qui connaissait le chemin et un petit miroir brillant: « Il te montrera ceux que tu aimes. »

Le marchand, désespéré, rentra chez lui et raconta tout. Belle posa la rose dans un verre d’eau et dit doucement: « Père, c’est moi qui irai. J’ai demandé la rose, je tiendrai parole. » Malgré les larmes, elle monta sur le cheval et partit au petit matin.

Le château accueillit Belle: les bougies s’allumèrent toutes seules, les portes s’ouvrirent comme par magie. La Bête la salua avec une grande politesse: « Tu es ici chez toi. » Chaque soir, ils dînaient ensemble. La Bête mangeait bruyamment mais faisait de son mieux. Elle écoutait Belle parler de livres, de musique et de jardins. Il lui montra une bibliothèque immense où les histoires semblaient presque flotter dans l’air.

Au fil des jours, Belle découvrit que, derrière son apparence effrayante, la Bête avait un cœur attentif. Il prenait des nouvelles de son père, lui offrait du chocolat chaud quand le vent soufflait et l’écoutait sans jamais se moquer. Parfois, il lui demandait, un peu tremblant: « Belle, veux-tu m’épouser ? » Belle répondait avec douceur: « Je ne peux pas. Mais je veux être ton amie. » La Bête baissait la tête, triste, mais disait toujours: « Merci de ta franchise. »

Un matin, Belle vit dans le miroir magique son père malade et inquiet. « Va le voir, dit la Bête. Reviens dans sept jours. » Elle lui promit, glissa une bague enchantée à son doigt, et rentra chez elle. Son père guérit vite en la serrant dans ses bras. Les jours passèrent trop vite, et Belle oublia la date. Une nuit, elle rêva que la Bête gisait seule près du rosier, si pâle que le vent semblait le porter.

Le cœur battant, Belle remit la bague et se retrouva au château. Dans le jardin, au pied du rosier, la Bête était étendue, épuisée. Belle s’agenouilla: « Pardon, je suis revenue en retard. Ne meurs pas. Je tiens à toi plus que je ne l’ai compris. Je t’aime pour ta bonté, ta patience et ta vérité. »

À ces mots, la terre vibra doucement, les fleurs s’ouvrirent comme au printemps. Une lumière chaude enveloppa la Bête, qui se transforma sous les yeux de Belle en un jeune prince. Il avait les mêmes yeux, désormais remplis d’étoiles. « Une fée m’a jeté un sort, expliqua-t-il. Je devais apprendre la patience et être aimé pour mon cœur. Tu as brisé la malédiction. »

Le château reprit vie, les rires résonnèrent, et le marchand fut invité à s’installer auprès d’eux. Les sœurs de Belle, surprises par tant de bonté, apprirent à leur tour à regarder au-delà des apparences. Belle et le prince, unis par l’amitié devenue amour, prirent soin du royaume et de leurs jardins de roses. Et tous se souvinrent que la vraie beauté se trouve là où la gentillesse fleurit.

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