L’Œuf du soleil
Dans une clairière douce et verte, une petite elfe de la forêt dansait dans la rosée. Tout à coup, elle vit quelque chose de rond, d’orange et de brillant, posé sur la mousse.
« Oh ! » s’écria-t-elle. « Un œuf du soleil est tombé dans ma forêt ! »
Elle toucha la chose. C’était lisse. Ça sentait bon, comme un parfum chaud et sucré. Elle appela ses amis : « Écureuil ! Hérisson ! Rouge-gorge ! Venez vite ! »
L’écureuil arriva en courant, la queue en panache. Le hérisson trottina, tout piquant et prudent. Le rouge-gorge se posa près d’eux, la tête penchée.
« Si c’est un œuf, il faut le garder au chaud, » dit le rouge-gorge. Il essaya de s’asseoir dessus, mais glissa et fit « ouf ! » L’écureuil couvrit l’œuf avec des feuilles dorées. Le hérisson monta la garde toute la nuit.
Le matin, ils voulurent mettre l’œuf à l’abri. Ils le roulèrent très doucement. Mais l’œuf du soleil vacilla, roula plus vite, et plouf ! il tomba dans le ruisseau.
« Oh non ! » cria la petite elfe. L’œuf flotta sur l’eau, tout rond, tout orange, comme un petit soleil qui voyage. Un canard nagea vite et le poussa vers la berge. « Coin-coin, voilà ! » dit-il. Tout le monde applaudit.
Juste alors, une hirondelle, revenue des pays chauds, se posa sur une branche. Elle regarda l’œuf, cligna de l’œil et rit doucement.
« Ce n’est pas un œuf du soleil, petite amie. C’est une orange. Là-bas, au Sud, des arbres verts portent ces fruits ronds. Ils poussent sous un ciel bleu, près de la mer, et l’air sent le miel et les fleurs. »
La petite elfe ouvrit grand ses yeux. « Une o-ran-ge ? Comment fait-on ? »
L’hirondelle montra du bec. « On enlève la peau. Regarde. » L’écureuil fit une petite entaille. Le parfum se répandit comme une caresse. La peau s’ouvrit, et dedans, il y avait des quartiers brillants comme des petites lunes d’or.
« Un quartier pour chacun, » dit la petite elfe. Tous goûtèrent. C’était juteux, c’était doux, c’était le soleil en bouche ! Ils rirent, se léchèrent les lèvres et partagèrent aussi avec les fourmis et la grenouille qui passaient par là.
Quand l’orange fut mangée, il resta la peau, orange et légère. L’écureuil la plia. Le canard proposa une promenade sur l’étang. La petite elfe s’installa dedans. La peau devint un petit bateau doré.
Ils glissèrent sur l’eau tranquille. La forêt brillait, le vent chuchotait. La petite elfe ferma les yeux et rêva de palmiers, de marchés colorés et de longues plages chaudes où dansent les hirondelles.
Depuis ce jour, quand le soleil chauffe la clairière, la petite elfe sourit. Elle sait que le soleil n’a pas besoin de pondre des œufs pour offrir ses cadeaux. Parfois, il les envoie par les oiseaux et par le vent, bien ronds et parfumés, jusque dans la forêt.

















