Cendrillon
Frères Grimm

Cendrillon

Dans un petit royaume, vivait une jeune fille surnommée Cendrillon, parce qu’elle revenait toujours de l’âtre avec un peu de cendre sur le nez. Sa belle-mère, fière et pressée, avait deux filles qui ne pensaient qu’aux rubans et aux miroirs. Cendrillon, elle, faisait briller la maison, balayant, cousant et portant de l’eau. Pourtant, son cœur restait clair comme le matin. Elle chantait pour se donner du courage et parlait doucement aux souris qui vivaient près du feu, aux oiseaux qui venaient sur le rebord de la fenêtre, et à la vieille citrouille qui grandissait au potager.

Un jour, un messager du roi parcourut les rues: le prince invitait tout le royaume à deux grands bals. Les demi-sœurs de Cendrillon se mirent à tournoyer, à essayer des gants, à demander des rubans encore plus brillants. Cendrillon les aida avec patience, coiffant des cheveux capricieux, recousant un ourlet récalcitrant. Elle osa murmurer: «J’aimerais tant y aller, moi aussi.» Les rires lui répondirent comme des portes qui claquent. «Avec cette vieille robe? Et tes mains pleines de cendre?» dit la belle-mère en secouant la tête.

Le soir du bal, quand la maison se vida, Cendrillon s’assit près du feu. Une larme glissa, puis une autre. Alors, comme un souffle de printemps qui entrouvre une fenêtre, une dame apparut, drapée d’un voile étincelant. «Je suis ta marraine fée, dit-elle. On ne laisse pas un cœur brave et doux sans lumière.» Elle toucha la citrouille du jardin: paf! un carrosse doré. Les souris, d’un tapotement, devinrent de fiers chevaux gris; un vieux lézard fit un laquais très sérieux. La fée agita sa baguette au-dessus de la robe rapiécée: elle se transforma en une nuée bleue, légère comme une vague, piquée d’étoiles. Aux pieds de Cendrillon apparurent des pantoufles de verre, claires comme de l’eau. «Mais écoute bien, dit la fée. À minuit, le charme disparaît. Promets de rentrer à l’heure.»

Au palais, les salles brillaient de mille bougies. Dès que Cendrillon entra, un silence étonné parcourut la foule, puis un murmure de joie. Le prince, qui s’ennuyait un peu des compliments trop sucrés, leva les yeux et sourit. Il lui tendit la main. Ils dansèrent, d’abord avec prudence, puis comme on parle avec confiance: de jardins secrets et de bibliothèques ouvertes à tous, de musiques qui guérissent les jours gris, de ce que c’est que respecter vraiment quelqu’un. Cendrillon riait, légère comme un oiseau. Les heures filèrent plus vite qu’une étoile filante.

Soudain, quelque part, une horloge se mit à compter: dong… dong… «Minuit!», pensa Cendrillon. Elle s’inclina, remercia, et s’élança dans l’escalier. Elle courut si vite qu’une pantoufle glissa de son pied. Le prince la ramassa avec douceur, comme on ramasse un trésor trouvé par hasard. Dehors, le carrosse était redevenu citrouille, les chevaux, de petites souris étonnées, et la robe, une simple tenue propre. Cendrillon rentra chez elle, le cœur battant, gardant dans sa poche l’autre pantoufle de verre, comme on garde un secret lumineux.

Le lendemain, le prince fit le tour du royaume avec la pantoufle perdue. «Je chercherai celle qui la chausse sans effort, dit-il, et je lui demanderai de venir au palais.» Dans chaque maison, des pieds impatients essayaient, poussaient, soupiraient. Quand il arriva chez Cendrillon, les deux demi-sœurs se disputèrent la chaise, et la pantoufle resta obstinément trop petite. «Puis-je essayer?» demanda Cendrillon doucement. «Toi?» protesta la belle-mère. Mais le prince hocha la tête. Cendrillon glissa son pied: la pantoufle s’ajusta comme une goutte d’eau dans la mer. Alors, de sa poche, Cendrillon sortit la deuxième pantoufle, qui brilla comme une aube.

La marraine fée reparut, un scintillement dans l’air, et d’un geste, redonna à Cendrillon sa tenue du bal, non pour la changer, mais pour révéler ce qu’elle avait toujours été: courage, gentillesse et vérité. Les demi-sœurs baissèrent les yeux. «Nous avons été injustes», dirent-elles. Cendrillon sourit: «Essayons d’être meilleures, dès aujourd’hui.» Le prince invita Cendrillon au palais pour parler, rire et se connaître au grand jour. Bientôt, ils organisèrent une fête ouverte à tous, et, quand leurs cœurs furent certains, ils se marièrent. Cendrillon fit de sa nouvelle maison un lieu de respect et de joie, où même les plus petites voix étaient entendues. Et si, un soir, tu entends une horloge sonner, souviens-toi: la vraie magie, c’est la bonté qu’on choisit chaque jour.

iStoriez

Plus de Frères Grimm

Tout afficher

Dernières histoires

Le Loup Déguisé en Mouton par Ésope
Le Loup Déguisé en Mouton
Ésope
 3+
2 min
Deux Voyageurs et un Ours par Ésope
Deux Voyageurs et un Ours
Ésope
 6+
2 min
Les Douze Frères par Andrew Lang
Les Douze Frères
Andrew Lang
 6+
5 min
Poucette par H.C. Andersen
Poucette
H.C. Andersen
 6+
5 min
Les Trois Boucs Gruff par Asbjørnsen et Moe
Les Trois Boucs Gruff
Asbjørnsen et Moe
 1+
2 min